
La rouqya consiste à réciter les paroles d’Allah et les invocations authentiques du Prophète, paix et bénédictions sur lui, sur soi-même ou sur une autre personne, en demandant la guérison à Allah seul. C’est une sunna établie, non une amulette, une formule secrète ou un charme. Cette page présente le chapitre tel qu’il figure dans Hisn al-Mouslim : d’abord les versets dans leur ordre, puis les invocations prophétiques, chacune dans sa situation avec sa référence et son degré d’authenticité, puis la méthode pratique et enfin ce qu’il faut éviter.
Les trois conditions d’une rouqya valide
Les juristes rapportent un accord sur la permission de la rouqya lorsque trois conditions sont réunies, comme le détaille l’Encyclopédie koweïtienne du fiqh à l’entrée « rouqya » :
- Elle utilise les paroles d’Allah, Ses noms et Ses attributs, ou une invocation transmise et intelligible.
- Ses paroles sont en arabe ou dans une langue comprise : aucune formule inconnue, aucune parole talismanique, aucun serment par les djinns.
- Le récitant et le malade croient tous deux que la rouqya n’est qu’un moyen et qu’Allah seul guérit.
Si l’une de ces trois conditions manque, la récitation n’est plus une rouqya valide et relève de ce contre quoi la Sunna met en garde, quel que soit le nom que lui donne son praticien.
Les versets, dans leur ordre de récitation
Premièrement : la sourate al-Fatiha
Un Compagnon récita al-Fatiha sur un homme qui guérit ensuite, et le Prophète, paix et bénédictions sur lui, dit : « Comment as-tu su qu’elle était une rouqya ? » (Sahih al-Boukhari 5736). Les savants commencent donc par elle.
Surah Al-Fatihah 1:1-7
Verified recitation
بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ ٱلْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ ٱلْعَٰلَمِينَ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ مَٰلِكِ يَوْمِ ٱلدِّينِ إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ صِرَٰطَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ ٱلْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا ٱلضَّآلِّينَ Deuxièmement : le verset du Trône
Surah Al-Baqarah 2:255
Verified recitation
ٱللَّهُ لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ٱلْحَىُّ ٱلْقَيُّومُ ۚ لَا تَأْخُذُهُۥ سِنَةٌۭ وَلَا نَوْمٌۭ ۚ لَّهُۥ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ ۗ مَن ذَا ٱلَّذِى يَشْفَعُ عِندَهُۥٓ إِلَّا بِإِذْنِهِۦ ۚ يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ ۖ وَلَا يُحِيطُونَ بِشَىْءٍۢ مِّنْ عِلْمِهِۦٓ إِلَّا بِمَا شَآءَ ۚ وَسِعَ كُرْسِيُّهُ ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضَ ۖ وَلَا يَـُٔودُهُۥ حِفْظُهُمَا ۚ وَهُوَ ٱلْعَلِىُّ ٱلْعَظِيمُ Abou Hourayra rapporte cette parole du Prophète : « Lorsque tu rejoins ton lit, récite le verset du Trône, car aucun démon ne s’approchera de toi jusqu’au matin » (Sahih al-Boukhari 2311). Tel est son mérite établi ; on le récite dans la rouqya en tant que parole d’Allah.
Troisièmement : les derniers versets d’al-Baqara
Surah Al-Baqarah 2:285-286
Verified recitation
ءَامَنَ ٱلرَّسُولُ بِمَآ أُنزِلَ إِلَيْهِ مِن رَّبِّهِۦ وَٱلْمُؤْمِنُونَ ۚ كُلٌّ ءَامَنَ بِٱللَّهِ وَمَلَٰٓئِكَتِهِۦ وَكُتُبِهِۦ وَرُسُلِهِۦ لَا نُفَرِّقُ بَيْنَ أَحَدٍۢ مِّن رُّسُلِهِۦ ۚ وَقَالُوا۟ سَمِعْنَا وَأَطَعْنَا ۖ غُفْرَانَكَ رَبَّنَا وَإِلَيْكَ ٱلْمَصِيرُ لَا يُكَلِّفُ ٱللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا ۚ لَهَا مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا ٱكْتَسَبَتْ ۗ رَبَّنَا لَا تُؤَاخِذْنَآ إِن نَّسِينَآ أَوْ أَخْطَأْنَا ۚ رَبَّنَا وَلَا تَحْمِلْ عَلَيْنَآ إِصْرًۭا كَمَا حَمَلْتَهُۥ عَلَى ٱلَّذِينَ مِن قَبْلِنَا ۚ رَبَّنَا وَلَا تُحَمِّلْنَا مَا لَا طَاقَةَ لَنَا بِهِۦ ۖ وَٱعْفُ عَنَّا وَٱغْفِرْ لَنَا وَٱرْحَمْنَآ ۚ أَنتَ مَوْلَىٰنَا فَٱنصُرْنَا عَلَى ٱلْقَوْمِ ٱلْكَٰفِرِينَ An-Nou’man ibn Bachir rapporte qu’« on ne les récite pas dans une maison pendant trois nuits sans qu’un démon s’en tienne éloigné » (Jami at-Tirmidhi 2882, jugé hasan gharib). Les adhkar du foyer sont détaillés dans la protection du foyer par les adhkar.
Quatrièmement : al-Ikhlas et les deux sourates protectrices, trois fois
Lorsqu’il se couchait, le Prophète joignait ses mains en coupe, soufflait dedans, récitait ﴿قُلْ هُوَ ٱللَّهُ أَحَدٌ﴾ et les deux sourates protectrices, puis passait ses mains sur sa tête, son visage et l’avant de son corps, trois fois (Sahih al-Boukhari 5017).
Surah Al-Falaq 113:1-5
Verified recitation
قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ ٱلْفَلَقِ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ وَمِن شَرِّ غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ وَمِن شَرِّ ٱلنَّفَّٰثَٰتِ فِى ٱلْعُقَدِ وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ Surah An-Nas 114:1-6
Verified recitation
قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ ٱلنَّاسِ مَلِكِ ٱلنَّاسِ إِلَٰهِ ٱلنَّاسِ مِن شَرِّ ٱلْوَسْوَاسِ ٱلْخَنَّاسِ ٱلَّذِى يُوَسْوِسُ فِى صُدُورِ ٱلنَّاسِ مِنَ ٱلْجِنَّةِ وَٱلنَّاسِ La sourate al-Ikhlas est récitée intégralement avec elles ; le souffle est léger, sans salive.
D’autres passages couramment récités par les savants
| Passages | Pourquoi on les récite |
|---|---|
| Al-A’raf 117-122, Younous 79-82, Ta-Ha 65-69 | Passages où la sorcellerie est anéantie et où la vérité l’emporte |
| Al-Isra 82 | Le Coran y est décrit comme guérison et miséricorde pour les croyants |
| Younous 57 et Foussilat 44 | Guérison du cœur et du corps par le Coran |
| As-Saffat 1-10, Al-Mou’minoun 115-118 | Versets de protection et de recherche de refuge |
Ce sont des passages coraniques récités pour la guérison et la bénédiction, non des litanies fixes liées à des nombres qui n’ont jamais été transmis.
Les invocations prophétiques, chacune à sa place
Lorsqu’on récite sur un malade
The supplication
بِسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ، مِنْ كُلِّ شَيْءٍ يُؤْذِيكَ، مِنْ شَرِّ كُلِّ نَفْسٍ أَوْ عَيْنِ حَاسِدٍ، اللَّهُ يَشْفِيكَ
Sens : « Au nom d’Allah, je récite sur toi contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme ou de tout œil envieux. Qu’Allah te guérisse. »
C’est la rouqya que Jibril a récitée sur le Prophète, rapportée par Mouslim (2186).
En passant la main sur l’endroit douloureux
The supplication
اللَّهُمَّ رَبَّ النَّاسِ، أَذْهِبِ الْبَاسَ، اشْفِ أَنْتَ الشَّافِي، لَا شَافِيَ إِلَّا أَنْتَ
Sens : « Ô Allah, Seigneur des hommes, dissipe le mal. Guéris, car Tu es Celui qui guérit ; nul ne guérit si ce n’est Toi. »
Rapportée par al-Boukhari (5750) ; le Prophète la disait en passant sa main droite sur le malade.
Si vous ressentez une douleur dans votre propre corps
The supplication
بِسْمِ اللَّهِ (ثَلَاثًا)
أَعُوذُ بِعِزَّةِ اللَّهِ وَقُدْرَتِهِ مِنْ شَرِّ مَا أَجِدُ وَأُحَاذِرُ (سَبْعًا)
Sens : « Au nom d’Allah (trois fois). Je cherche refuge dans la puissance d’Allah et Son pouvoir contre le mal de ce que je ressens et de ce que je redoute (sept fois). »
Le Prophète l’a enseignée à Outhman ibn Abi al-As : posez la main sur l’endroit douloureux et prononcez-la (Sahih Mouslim 2202).
Pour celui qui rend visite au malade, sept fois
The supplication
أَسْأَلُ اللَّهَ الْعَظِيمَ رَبَّ الْعَرْشِ الْعَظِيمِ أَنْ يَشْفِيَكَ
Sens : « Je demande à Allah l’Immense, Seigneur du Trône immense, de te guérir. »
À dire sur le malade sept fois (Sounan Abou Dawoud 3106, Jami at-Tirmidhi 2083, jugé sahih).
Pour chercher refuge de manière générale
The supplication
أَعُوذُ بِكَلِمَاتِ اللَّهِ التَّامَّاتِ مِنْ شَرِّ مَا خَلَقَ
Sens : « Je cherche refuge dans les paroles parfaites d’Allah contre le mal de ce qu’Il a créé. »
Rapportée par Mouslim (2708), elle compte parmi les invocations de refuge les plus complètes ; sa place dans le jour et la nuit est précisée dans la protection du foyer par les adhkar.
Pour les enfants
The supplication
أُعِيذُكُمَا بِكَلِمَاتِ اللَّهِ التَّامَّةِ، مِنْ كُلِّ شَيْطَانٍ وَهَامَّةٍ، وَمِنْ كُلِّ عَيْنٍ لَامَّةٍ
Sens : « Je cherche pour vous deux protection dans les paroles parfaites d’Allah contre tout démon et toute créature venimeuse, et contre tout œil envieux. »
Le Prophète l’employait pour al-Hassan et al-Housayn (Sahih al-Boukhari 3371) ; pour un seul enfant, on utilise le singulier.
Comment la réciter, étape par étape
- La pureté rituelle n’est pas une condition, même si elle est préférable ; l’essentiel est la sincérité et la confiance en Allah.
- Asseyez-vous calmement dans un endroit tranquille et posez votre main sur l’endroit douloureux si vous le pouvez.
- Récitez al-Fatiha, puis le verset du Trône, puis les derniers versets d’al-Baqara, puis al-Ikhlas et les deux sourates protectrices trois fois.
- Soufflez légèrement dans vos paumes, sans salive, puis passez les mains sur votre visage, votre tête et les parties de votre corps que vous pouvez atteindre.
- Poursuivez avec les invocations dans leurs situations respectives : « Au nom d’Allah, je récite sur toi » pour la personne sur laquelle vous récitez, « Ô Allah, Seigneur des hommes » en passant la main, « Je cherche refuge dans la puissance d’Allah » sept fois pour une douleur dans votre propre corps, et « Je demande à Allah l’Immense » sept fois lors d’une visite à un malade.
- Répétez la séance une, deux ou trois fois par jour selon le besoin ; aucun maximum ni nombre obligatoire.
- Ne considérez jamais la rouqya comme un remplacement de la médecine. Le Prophète a ordonné à ses Compagnons de se soigner : associez donc les deux.
Erreurs fréquentes et pratique correcte
| Erreur | Pratique correcte |
|---|---|
| Lier la guérison à un praticien particulier et voyager pour le voir | Récitez sur vous-même et votre famille ; votre propre récitation est plus proche de vous, car c’est votre propre invocation |
| Fixer des nombres et des séquences sans preuve | Les nombres transmis gardent leur place : trois pour les sourates protectrices, sept pour « Je cherche refuge dans la puissance d’Allah » et « Je demande à Allah l’Immense » ; tout ajout relève d’une pratique personnelle |
| Mélanger les invocations | « Je demande à Allah l’Immense » concerne la visite au malade, et « Je cherche refuge dans la puissance d’Allah » votre propre douleur ; aucune ne remplace l’autre |
| Un praticien demande le nom de votre mère, un vêtement ou une photographie | C’est un signe clair que sa pratique n’est pas une rouqya valide ; quittez-le |
| Abandonner les soins médicaux et compter uniquement sur la rouqya | Associez-les : tous deux sont des moyens permis par Allah |
| Solliciter constamment la rouqya d’autrui sans nécessité | Le hadith des soixante-dix mille les décrit comme ceux « qui ne demandent pas de rouqya » (Sahih al-Boukhari 5705), signe d’une confiance parfaite ; la demander en cas de besoin demeure permis |
Des outils pour vous aider à réciter
- Le Coran avec récitation pour lire les sourates entières et écouter un récitateur dont la récitation est vérifiée.
- Les adhkar pour le rappel du matin et du soir avec les nombres transmis.
- La protection du foyer par les adhkar pour ce qui se dit à la maison, en entrant et en sortant.
- Les adhkar du sommeil dans l’ordre pour la séquence récitée au coucher.
Questions fréquentes
La rouqya nécessite-t-elle un praticien ?
Non. La règle est que chacun récite sur lui-même et sur sa famille. Le Prophète récitait sur ses Compagnons et recevait lui-même la rouqya : la question laisse donc une large latitude. Ce qui est erroné, c’est de croire que la guérison est liée à une personne déterminée.
Quel est l’ordre de récitation dans la rouqya ?
Al-Fatiha, puis le verset du Trône, puis les derniers versets d’al-Baqara, puis la sourate al-Ikhlas et les deux sourates protectrices trois fois en soufflant et en passant les mains sur le corps, puis les invocations prophétiques, chacune dans sa situation.
Combien de fois par jour faut-il réciter la rouqya ?
Aucun nombre obligatoire de séances n’a été transmis. Trois répétitions sont rapportées pour les sourates protectrices et sept pour « Je cherche refuge dans la puissance d’Allah » et « Je demande à Allah l’Immense » ; au-delà, cela dépend du besoin.
Peut-on réciter la rouqya sur de l’eau ou de l’huile d’olive ?
De nombreux savants ont permis de réciter sur de l’eau ou de l’huile, puis d’en boire ou de s’en enduire, comme le relève l’Encyclopédie koweïtienne du fiqh. Aucun nombre ni procédé particulier n’a été transmis : rien n’est donc obligatoire ici, et l’on ne blâme pas celui qui s’en abstient.
Quelle différence entre la rouqya et une amulette ?
La rouqya est une récitation et une invocation adressées à Allah ; une amulette est un objet suspendu pour repousser un mal, et la Sunna interdit les amulettes. L’une est une prière, l’autre une confiance placée dans un objet qui ne maîtrise rien.
La rouqya remplace-t-elle les soins médicaux ?
Non. La rouqya est un moyen religieux, et la médecine un moyen physique qu’Allah a permis et que le Prophète a ordonné à ses Compagnons d’utiliser. Les associer est la pratique de la Sunna.
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Sources des données
- Encyclopédie koweïtienne du fiqh, entrée sur la rouqya : conditions de validité
- Ibn Hajar, Fath al-Bari, Livre de la médecine, chapitre sur la rouqya par le Coran
- Saïd ibn Ali al-Qahtani, Hisn al-Mouslim, chapitre sur la rouqya : ordre de récitation et invocations
- Sahih al-Boukhari, rouqya par al-Fatiha
- Sahih al-Boukhari, mérite du verset du Trône
- Jami at-Tirmidhi, les deux derniers versets d’al-Baqara, hasan gharib
- Sahih al-Boukhari, souffler dans les paumes avec al-Ikhlas et les sourates protectrices
- Sahih Mouslim, Jibril récitant la rouqya sur le Prophète
- Sahih al-Boukhari, Ô Allah, Seigneur des hommes, dissipe le mal
- Sahih Mouslim, au nom d’Allah trois fois et refuge dans Sa puissance sept fois
- Sounan Abou Dawoud, Je demande à Allah l’Immense, Seigneur du Trône immense, sept fois
- Jami at-Tirmidhi, invocation de celui qui rend visite au malade, sept fois
- Sahih Mouslim, Je cherche refuge dans les paroles parfaites d’Allah
- Sahih al-Boukhari, protection d’al-Hassan et d’al-Housayn
- Sahih al-Boukhari, les soixante-dix mille qui ne demandent pas de rouqya
Dernière mise à jour: 29 octobre 2026


