
Les successions constituent le chapitre du droit musulman qui fait le plus appel aux calculs et le plus susceptible de provoquer des conflits familiaux. Une grande partie de la confusion tient au vocabulaire : les ouvrages classiques emploient des termes techniques tels que quote-part déterminée, héritier résiduaire, exclusion, dépassement des parts et ajustement. Ce guide explique chaque notion avant de la nommer, puis détaille cinq cas complets pour montrer comment les règles s’appliquent.
Trois causes seulement ouvrent droit à l’héritage
Nul n’hérite si ce n’est en vertu de l’une de ces trois causes :
- La parenté : les ascendants, comme le père, la mère et le grand-père ; les descendants, comme le fils, la fille et le fils du fils ; les collatéraux, comme les frères et sœurs et les oncles paternels.
- Le mariage : un mariage valide encore en vigueur au moment du décès.
- L’affranchissement : une catégorie historique sans application aujourd’hui.
L’amitié, l’éducation donnée, le voisinage et la proximité affective ne créent aucun droit successoral. Pour donner à une personne qui n’est pas héritière, les voies possibles sont le legs dans la limite du tiers de la succession ou la donation de son vivant.
Les héritiers à quotes-parts déterminées
Une quote-part déterminée est une fraction fixée par les textes : la moitié, le quart, le huitième, les deux tiers, le tiers ou le sixième. Douze catégories de personnes peuvent en bénéficier : quatre masculines et huit féminines.
| Héritier | Quote-part | Condition |
|---|---|---|
| Époux | La moitié | Aucun descendant survivant |
| Époux | Le quart | Présence d’un descendant survivant |
| Épouse | Le quart | Aucun descendant survivant |
| Épouse | Le huitième | Présence d’un descendant ; les coépouses se le partagent |
| Fille | La moitié | Fille unique, sans fils |
| Deux filles ou plus | Les deux tiers | Aucun fils parmi elles |
| Mère | Le sixième | Présence d’un descendant ou de plusieurs frères et sœurs |
| Mère | Le tiers | Aucun descendant et pas de pluralité de frères et sœurs |
| Père | Le sixième | Présence d’un descendant masculin |
| Sœur germaine | La moitié | Seule sœur, sans descendant ni père |
| Deux sœurs germaines | Les deux tiers | Même condition |
| Frère ou sœur utérins | Le sixième pour une seule personne, le tiers pour plusieurs | Aucun descendant, père ou grand-père |
Ce qui reste après l’attribution des quotes-parts déterminées revient aux héritiers résiduaires : le fils, puis le fils du fils, puis le père, puis le frère germain, puis le frère consanguin, puis leurs fils, puis l’oncle paternel et ses fils. Leur règle : le plus proche exclut le plus éloigné.
Qui n’hérite pas, et pourquoi
- Exclusion par une personne plus proche : un frère n’hérite pas en présence d’un fils, un petit-fils n’hérite pas en présence d’un fils et le grand-père est exclu par le père.
- Absence de cause ouvrant droit à l’héritage : une femme divorcée après la fin de son délai de viduité, ou une personne dont la filiation n’est pas établie.
- Empêchements reconnus : la différence de religion et l’empêchement frappant celui qui a tué intentionnellement le défunt.
- Les tantes paternelles et maternelles, les nièces, ainsi que les autres parents éloignés, ne reçoivent ni quote-part déterminée ni reliquat selon l’avis bien connu ; certains savants leur attribuent la succession uniquement en l’absence de tout autre héritier. La grand-mère, comme la mère de la mère ou la mère du père, n’en fait pas partie : elle hérite d’un sixième en l’absence de la mère.
Un point souvent oublié : le partage intervient après les frais funéraires, puis les dettes, puis tout legs à un non-héritier dans la limite du tiers. Le solde constitue la succession à partager.
Cinq cas détaillés
Une épouse et deux fils
- Épouse : un huitième = 12,5 %
- Les 87,5 % restants reviennent aux deux fils à parts égales, soit 43,75 % chacun
Pour une succession de 240 000 unités : 30 000 pour l’épouse et 105 000 pour chaque fils.
Un père, une mère et une fille
- Fille : la moitié = 50 %
- Mère : un sixième = 16,67 %
- Père : un sixième à titre de quote-part déterminée, puis le reste à titre de reliquat, soit 33,33 % au total
Pour 120 000 : 60 000 pour la fille, 20 000 pour la mère et 40 000 pour le père.
Un époux et une sœur germaine
- Époux : la moitié = 50 %
- Sœur germaine : la moitié = 50 %
Il n’y a ni descendant ni père ; les deux parts sont donc égales. Pour 80 000 : 40 000 chacun.
Une mère et des frères et sœurs germains, soit un frère et deux sœurs
- Mère : un sixième, car la présence de plusieurs frères et sœurs réduit sa part, qui serait sinon d’un tiers = 16,67 %
- Les 83,33 % restants reviennent aux frères et sœurs à titre de reliquat, l’homme recevant le double de la part d’une femme : quatre parts, deux pour le frère et une pour chaque sœur
Pour 60 000 : 10 000 pour la mère, 25 000 pour le frère et 12 500 pour chaque sœur.
Deux filles et un frère germain
- Filles : deux tiers = 66,67 %, à partager également
- Frère germain : les 33,33 % restants à titre de reliquat
Pour 90 000 : 30 000 pour chaque fille et 30 000 pour le frère. Le frère n’hérite ici que parce qu’aucun descendant masculin ne l’exclut.
Le dénominateur commun et le dépassement des parts
Additionner des fractions nécessite un dénominateur commun, appelé base du partage. Avec une moitié et un sixième, le dénominateur est 6 ; avec un huitième et une moitié, il est 8.
Il arrive que la somme des parts dépasse la base. On parle alors de dépassement des parts, et la part de chacun est réduite proportionnellement. L’exemple classique est celui d’un époux et de deux sœurs germaines.
- Époux : la moitié = 3 sur 6
- Sœurs : deux tiers = 4 sur 6
- Total : 7 sur 6 ; la base est donc portée à 7
L’époux reçoit 3 sur 7, soit 42,86 %, et chaque sœur 2 sur 7, soit 28,57 %. Personne n’est lésé : la réduction est proportionnellement identique pour tous, car les parts prescrites dépassaient la succession. Lorsque les parts ne se divisent pas entre les héritiers sans fractions, on multiplie la base par le nombre de personnes ; c’est ce qu’on appelle l’ajustement.
Questions fréquentes
Pourquoi les parts des hommes et des femmes diffèrent-elles dans certains cas ?
Parce que le système associe les droits aux obligations : subvenir aux besoins de son épouse et de ses enfants et verser la dot sont des obligations juridiques de l’homme, tandis que la part de la femme lui appartient entièrement, sans obligation d’entretien à prélever dessus. Ce schéma n’est d’ailleurs pas universel : la mère et le père reçoivent chacun un sixième en présence d’un descendant survivant, et les frères et sœurs utérins reçoivent des parts égales, quel que soit leur sexe.
Un petit-enfant hérite-t-il si son père est décédé avant le grand-père ?
Pas en présence d’un fils survivant du défunt, selon l’avis bien connu, car le plus proche exclut le plus éloigné. Plusieurs législations nationales du monde musulman traitent cette situation par un legs obligatoire en faveur des enfants d’un fils prédécédé, appliqué en Égypte, en Syrie et ailleurs : vérifiez donc le droit de la famille qui vous concerne.
Un legs peut-il modifier les parts des héritiers ?
Un legs à un héritier n’est valide qu’avec le consentement des autres héritiers, et aucun legs à un non-héritier ne peut dépasser le tiers de la succession. Tout dépassement dépend de l’accord des héritiers.
Sur quoi les dettes du défunt sont-elles payées ?
Sur la succession, avant tout partage et avant l’exécution de tout legs. C’est la succession nette qui est partagée.
Le calculateur remplace-t-il un tribunal ?
Non. Le calculateur de succession est un outil pédagogique qui donne une représentation fiable dans les cas ordinaires, et la page des cas courants présente d’autres exemples détaillés. Un partage ayant force obligatoire relève du tribunal compétent ou d’un juriste qualifié, après examen de l’acte de décès, des preuves de filiation, des dettes, des legs et du droit de votre pays.
Les étapes du partage successoral
- Déduisez les frais funéraires, les dettes et tout legs dans la limite du tiers.
- Dressez la liste précise des héritiers survivants ; une personne supplémentaire modifie toutes les proportions.
- Attribuez d’abord les quotes-parts déterminées, puis le reliquat aux héritiers résiduaires.
- Vérifiez vos chiffres en soumettant le cas au calculateur de succession.
- Faites enregistrer officiellement le partage ; les documents permettent d’éviter les conflits des années plus tard.
Cet article et le calculateur sont destinés à l’explication et à l’apprentissage, non au règlement d’un litige en cours ni à servir de fondement à une procédure officielle.
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Sources des données
- Le Coran, sourate An-Nisa : versets successoraux 11, 12 et 176
- Sahih de Boukhari, Livre des parts successorales
- Encyclopédie koweïtienne du droit musulman, entrée sur les successions
- Codes du statut personnel des États arabes concernant le legs obligatoire
- Académie internationale du fiqh islamique
- Comité permanent des recherches scientifiques et de la fatwa
- Sunnah.com
- IslamWeb
- Université Al-Azhar
Dernière mise à jour: 29 octobre 2026


